Charpentiers de marine de Montoir embarqués entre 1751-1793
S’il semble évident que des charpentiers de marine (charpentiers, perceurs de navire, calfats) étaient présents, lors de l’apogée de la construction navale de Montoir, sur l’embouchure du Brivet à Méan, durant le XIXe siècle, il ne va pas obligatoirement de soit que des charpentiers puissent faire également partie des équipages en partance lors des voyages au long-cours.
Jean-Louis Monvoisin en mai 1993, avait établi un état nominatif des charpentiers montoirins embarqués ainsi que leurs voyages entre 1751 et 1793. C’est à partir de ces listes qu’est proposée la synthèse qui suit.
Durant la période qui nous occupe, 1751-1793, Louis XV est roi de France jusqu’à sa mort en mai 1774, lui succède Louis XVI comme roi de France jusqu’en 1791, puis un an comme roi des Français. Son règne cesse en septembre 1792 et il sera exécuté le 21 janvier 1793. Les conflits sur mer entre certains états sont nombreux avec en particulier La guerre de Sept ans (1756-1763) puis la guerre franco-anglaise (1778-1783) en partie liée à la Guerre d’Indépendance des États-Unis. Ces évènements et d’autres expliquent le peu d’embarquement certaines années, les quelques charpentiers prisonniers des anglais, et à certaines périodes, les navires frétés par le roi de France ou armés pour la course.
Le nombre d’embarquements recensés sur lesquels se trouve un charpentier de marine de la paroisse de Montoir entre 1751 et 1793 est de 479 dont 15 d’entre eux le sont sur des navires frétés par le roi ou armés pour la course avec des missions autres que commerciales.
Sur les 464 voyages commerciaux, 384 sont en direct pour l’île de Saint-Domingue (actuellement Haïti), 26 pour les petites Antilles (Martinique, Guadeloupe), 10 pour Cayenne (Guyane). Ces 420 voyages, soit 90 %, se font en droiture, c’est-à-dire directement, pour approvisionner en nourriture et marchandises diverses, les différents territoires sous domination française et rapporter sucre, indigo, café… en métropole.
Bien que non précisé sur les états consultés, les navires dont la destination est indiquée, Côte d’Angole ; Angola, Guinée, Sénégal, passent certainement par les Antilles où sont vendus les esclaves, avant de revenir en France. En effet pour ces navires, la durée des 33 embarquements répertoriés est longue. Ainsi l’Aunis, navire de 760 tx, quitte le 1erjuin 1786 la France pour la Côte d’Angole et revient le 2 juin 1788 (24 mois), le Crillon pour la même destination, part le 2 août 1784 et revient le 26 janvier 1786 (18 mois) ; le Saint-François part le 5 janvier 1770 pour la Guinée et est de retour le 2 août 1871(19 mois). A titre de comparaison, les voyages en droiture sont de l’ordre de 6 à 8 mois. Ce voyage triangulaire concerne un peu plus de 7 % des voyages.
Le reste des embarquements, soit moins de 3 %, correspond à des destinations en direction des océans Indien et Pacifique.
Durant cette période d’une quarantaine d’années, 142 noms de charpentiers de Montoir sont répertoriés. Le nombre d’embarquements -commerciaux et autres- pour chacun est très variable : un seul voyage pour 48 d’entre eux, deux voyages pour 19, trois voyages pour 11, soit 119 voyages. Le reste des 360 embarquements est effectué par 64 charpentiers ce qui correspond à une moyenne de 5,6 embarquements par homme. Certains auront de 15 à 20 embarquements et passeront plusieurs dizaines d’années sur les océans.
L’âge moyen du premier embarquement pour un charpentier est élevé en comparaison de celui des autres membres de l’équipage dont les mousses et matelots. Sur les 142 noms, seulement sept charpentiers ont 18 et 19 ans, tandis que 16 d’entre eux ont 20 et 21 ans, 56 entre 22 et 25 ans. Pour les autres premiers embarquements, 63 ont plus de 25 ans, le plus âgé aura 46 ans. Ils savent lire, écrire, dessiner, interpréter un plan, et pour la très grande majorité d’entre eux, ils ont une connaissance et expérience réelle de leur métier avec une bonne approche des conditions de travail en mer. Les charpentiers embarqués sont tous des professionnels formés, certains sans doute dans les petits chantiers installés sur le Brivet, mais le plus grand nombre vraisemblablement dans l’un des chantiers de construction navale installés sur la côte (Le Croisic...) ou entre Paimbœuf et Nantes.
Pour deux charpentiers il est précisé leur qualification, l’un est maître-calfat (Étienne Bigot, 26 ans, sur Les deux jeunes frères), l’autre maître-charpentier (Pierre Dixneuf, 46 ans sur Les bons amis). Quant à une éventuelle spécialité seulement 7, avec le maître-calfat, sont notés avec celle de calfat.
Les destinations des navires de commerce et des charpentiers de marine montoirins embarqués, entre 1751 et 1793.
Ne figurent pas celles des charpentiers levés pour servir sur les navires du roi, ni ceux pour la course.
Antilles et Amériques : 422 voyages
- Saint-Domingue : 384 voyages.
Ont été mises sous le nom générique de Saint-Domingue, actuellement Haïti (Grandes Antilles), toutes les destinations dénommées : Saint-Domingue, le Cap (il s’agit de Cap-Français, actuellement Cap-Haïtien), Léogane, Port-au-Prince, Saint-Marc). Ces 384 voyages correspondent à une moyenne de 8 voyages par an sur les 43 années de relevés, avec aucune traversée en 1773 et 1793 jusqu’à plus de vingt en 1784 et 1789.
- Martinique : 19 voyages.
- Guadeloupe : 7 voyages.
- Cayenne : 10 voyages.
- Montevideo (Uruguay): 1 voyage.
- Nouvelle Angleterre : 1 voyage, sans précision de port ; actuellement cela correspond à six états des États-Unis de la côte nord-est (côté Atlantique).
Afrique de l’ouest : 33 voyages
- Côte d’Angole (Afrique de l’ouest) : 22 voyages.
- Guinée : 9 voyages. Cela correspond aux destinations indiquées Guinée et Côte d’Or. Il s’agit des pays actuels bordant le golfe de Guinée en Afrique de l’ouest. 9 voyages.
- Sénégal : 2 voyages.
Océan Indien : 7 voyages
- Ile de France, actuellement Ile Maurice. Parfois il est indiqué Iles (au pluriel) de France, peut-être pour indiquer que les deux îles françaises de l’océan Indien, Maurice et La Réunion, sont l’objectif du voyage.
Océan Pacifique : 2 voyages
- Iles du vent (Tahiti).
Tel un leitmotiv, Jean-Louis Monvoisin rappelle régulièrement que : l'expression perdu corps et biens ne devrait concerner que la perte du navire (le corps) et de sa cargaison (les biens), à l'exclusion des personnes.
Cependant dans le langage commun, l’expression est le plus souvent employée pour la perte totale du navire, englobant l'ensemble du personnel du bord.
Documents consultés : Dossier chemise 7 chantiers navals-charpentiers navigants, Centre de Ressource Jean-Louis Monsoisin- Musée de la marine en bois du Brivet – Montoir-de-Bretagne.
Iconographies issues de l’ouvrage de Nicolas Charles Romme, Dictionnaire de la marine française, avec figures, Paris, 1792.
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